2 mai 2013

Colloque sur les Prix littéraires décernés par les adolescents - 18 juin 2013, gratuit sur simple inscription


Les prix littéraires décernés par les adolescents
Colloque
Association Lecture Jeunesse

mardi 18 juin 2013



Labellisé par l’Agence Nationale de Lutte contre l’Illettrisme,

ce colloque est soutenu par la Fondation SNCF, le Ministère de la Culture,

et est en partenariat avec la Ville de Paris


Les prix littéraires pour les jeunes foisonnent et se répartissent le territoire. Quelles sont les spécificités de ces manifestations ? Comment sont-elles évaluées ? Comment les prescripteurs sélectionnent-ils leurs titres ? A quelles maisons d’édition appartiennent les primés ? Ces événements font-ils « lire les adolescents » comme le souhaitent les prescripteurs ? Comment ces médiations participent-elles à la prévention de l’illettrisme ? Quels types de livres plébiscitent les jeunes ? Plus largement, quelles sont les représentations implicites que les prescripteurs semblent se faire de la littérature jeunesse, de l’usage de la lecture, et de la réception des livres par des adolescents ? Quel(s) rôle(s) et statut(s) ces prix assignent-ils aux auteurs ? Quels sont les objectifs de ces projets en direction des jeunes et les bénéfices pour les structures y participant ? C’est à ces questions et à bien d’autres que cette journée d’étude tentera d’apporter des réponses en analysant les prix littéraires décernés par les adolescents/jeunes adultes en France et à l’étranger.







Programme


Matin

9h20                   Accueil par Christine Péclard, directrice de la médiathèque Marguerite Duras
                            Présentation du colloque. Rappel : l’illettrisme, grande cause nationale 2013. Le rôle des prix littéraires décernés par des adolescents ? par Sonia de Leusse, directrice de Lecture Jeunesse

9h30                   Ouverture. Prévenir l’illettrisme avec la Fondation SNCF 
Delphine Roux, Responsable du programme « Prévenir l’illettrisme », Fondation SNCF

9h40-10h10      Introduction générale à la réflexion. La spécificité des prix littéraires jeunesse 
Corinne Abensour, maître de conférences en sciences de l'information et de la communication à l'université Paris 13. 

10h10-10h50    Table ronde : Sélection et médiation. Quels objectifs pour ces prix ?
Catherine Lepeinteur, responsable service formation, animation (Prix Ados-Rennes/Ille-et-Vilaine), Sarah Azoulay, coordinatrice des comités de sélection (Prix Les Incorruptibles), Martine Dorange, psychosociologue, chargée de recherche et Mélanie Michelet, coordinatrice (Prix Chronos), Goncourt des Lycéens.
10h50-11h00    Questions sur les deux interventions précédentes
11h00-11h10    Pause de 10 mn

11h10-11h50    « Les Mordus du polar : prix d’adolescents ou de bibliothécaires ? » (titre provisoire)
Cécile Rabot, Maître de conférences en science de l’information et de la communication, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, chercheur associé au Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (CESSP).

11h50-12h05    La réception d’œuvres de divertissement (intervention à partir du rapport de recherche effectué pour Lecture Jeunesse « Lectures de collégiens : les prismes de perception et d'appréciation des œuvres »)
Jean-Marc Etienne, Doctorant en sociologie à L’École des Hautes Études en Sciences Sociales. Attaché Temporaire d'Enseignement et de Recherche à l'Université Panthéon-Sorbonne (Paris 1)

12h05-12h45     Construire une culture de la lecture au travers d'un prix littéraire
Serge Lureau, professeur agrégé de lettres modernes, retraité depuis décembre 2009. Coordinateur de 2003 à 2008 du Prix littéraire lycéen de la ville de Caen. Co-fondateur du Jeu académique de lecture-écriture de l'académie de Caen de 1988 à 1992. Président de L'Association française des enseignants de français de 1994 à1998.
 
12h45-13h00    Questions sur les trois interventions précédentes


Déjeuner libre 


Après-midi

14h15-15h05    Table ronde : Les prix littéraires jeunesse font-ils lire les adolescents ? Des médiations pour prévenir l’illettrisme ?
Élise Deblaise, responsable du Prix à l’Agence régionale du Livre (PACA, Prix littéraire des lycéens et apprentis), Catherine Jottrand (Belgique, prix Farniente de la Ligue des Familles), Aline Moser, responsable littéraire et productrice de « Lire Délire », émission de littérature pour les adolescents (Suisse, Prix « Lire Délire » RTS Littérature Ados), Margret Schulz, attachée de coopération linguistique Rhénanie-Palatinat et Hesse, à l’Institut français (le Prix des lycéens allemands).
15h05-15h15    Questions

15h15-15h55    Le Goncourt des Lycéens : « l’écrivain à l’école », ou la consécration par un prix (de) mineur(s) ? (titre provisoire)
Sylvie Ducas, maître de conférences en littérature française à l’Université de Paris Ouest Nanterre La Défense, chercheur au Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (CHCSC) de l’université de Versailles Saint-Quentin
15h55-16h05    Questions

16h05-16h55    Librairies, éditeurs, auteurs, médiathèques, l’impact d’un prix jeunesse
Anne-Laure Bondoux, écrivain, Thierry Lequenne, librairie (Librairie l’Ange bleu : prix Mangawa/Chimères/Bulles de cristal), Tibo Bérard (Sarbacane, Xprim’), Marie Taupin responsable du réseau jeunesse de la Bibliothèque municipale d’Angers (« J’ai lu, J’élis »).
16h55-17h05    Questions

17h05-17h15    Clôture de la journée

 



 















                                             








PARTICIPATION GRATUITE SUR SIMPLE INSCRIPTION

Rubrique formation / se pré-inscrire
Catherine Escher, responsable administrative



Se rendre à l’auditorium de la médiathèque Marguerite Duras
le 18 juin 2013
115 rue de Bagnolet 75020 Paris
Bus : 26, 64, 76, Traverse de Charonne et PC2 (station Pyrennées / Bagnolet)
Métro : Porte de Bagnolet, ligne 3
Velib' :
Station N° 20108, 142 rue de Bagnolet
Station N° 20020, 183 rue des Pyrénées
Station N° 20021, 2 rue de l'Indre


10 avr. 2013

Les adolescents et La Joie de Lire



Les adolescents et La Joie de Lire


Lausanne, décembre 2012


Dans le cadre d’une formation sur les romans pour adolescents réalisée par l’association Lecture Jeunesse à l’institut suisse Bibliomedia, Anne Clerc, ancienne rédactrice en chef de la revue Lecture Jeune, a rencontré Francine Bouchet, éditrice fondatrice des éditions de La Joie de Lire, qui est revenue sur les 25 ans de la structure et la production pour adolescents au sein de son catalogue. Cet anniversaire a donné lieu à de nombreux événements : des journées d’étude à la Bibliothèque Nationale de France et à Bruxelles, une exposition à Genève, de nombreux articles dans la presse, etc. Lorsqu’on évoque La Joie de Lire on pense en premier lieu aux albums s’adressant aux enfants et à leurs auteurs renommés tels Albertine, Haydé, Sara, Guillaume Long, Wolf Elbruch, etc. Pour autant, il ne faudrait pas oublier les titres qui s’adressent aux plus grands dans les collections « Hibouk » et « Encrage » tandis que « Rétroviseur » tout en traitant de l’enfance, s’adresse à un large public.


Anne Clerc : Pouvez-vous revenir sur l’histoire de La Joie de Lire ?
Francine Bouchet : Je viens de l’enseignement puis j’ai racheté à Genève la librairie La Joie de Lire en 1981. Après mes études de lettres puis de psychologie, j’avais déjà 2 enfants et je voulais « m’ancrer » quelque part. La Joie de Lire était l’une des premières librairies jeunesse, fondée par Paul Robert en 1937. Elle faisait autrefois office de bibliothèque circulante.
Le rapport aux lecteurs enfants et adultes était fascinant. J’ai beaucoup appris sur les attentes des parents par exemple. A cette époque, j’étais également critique dans un quotidien. Je me suis peu à peu interrogée sur l’idée de faire des livres moi-même, notamment lorsque les éditions Gallimard Jeunesse ont publié des documentaires dans la collection « Les Yeux de la Découverte», des ouvrages anglo-saxons avec des photographies. Une représentation « éclatée » de la culture. Ces livres me paraissaient séducteurs avant tout et il me semblait qu’on pouvait proposer autre chose. C’est ainsi qu’est né Corbu comme Le Corbusier. Il n’avait rien d’extraordinaire, mais abordait l’architecture, un sujet difficile parce que conceptuel, par des pistes très simples. Il a été traduit et publié au Japon et aux Etats-Unis. Ce livre figure toujours à notre catalogue.


AC : Vous avez voulu, d’emblée, vous adresser à un jeune public ?
FB : Oui, c’était évident. Mes lectures d’enfance, qui m'avaient laissé de bons souvenirs, et le partage de la lecture avec mes enfants ont déterminé ce choix. Je ne me voyais pas me lancer dans la « grande littérature ». Je trouvais qu’il y avait quelque chose à (re)bâtir. Après le documentaire, la fiction s'est imposée avec l’album de Béatrice Poncelet, Je, le loup et moi, puis avec Azouz Begag et son récit La Force du Berger.


AC : Vous connaissiez le fonctionnement d’une maison d’édition ?
FB : Absolument pas ! Je pense que cette « naïveté » a été fort utile. J’avais travaillé un temps dans une affaire d’horlogerie qui m'a donné quelques lumières sur la comptabilité. Mon passage dans la librairie m'a rendu familier le système de diffusion et de distribution. Mais pour le reste, j’ignorais tout. Je me suis lancée à corps perdu dans chaque livre, sans me préoccuper de le "ranger" dans des collections.


AC : Pourtant elles sont nombreuses dans votre catalogue. On en compte 18, c’est bien cela ?
FB : Par la suite j’en ai créé beaucoup – trop, même ! Leur piège est la grande exigence de régularité de publications.


AC : Dans votre catalogue, on dénombre trois collections pour lecteurs adolescents : « Encrage », « Récits » – qui devraient prochainement laisser la place à « Hibouk » – et la collection « Rétroviseur » qui peut s’adresser aux jeunes tout comme aux plus grands. La collection « Encrage » a été lancée en 2010 avec des couvertures et un logo d’Hervé Tullet. Vous l’avez alors présentée comme une collection de « résistance », pourriez-vous nous en dire quelques mots ?
FB : Avec les couvertures d’Hervé Tullet je voulais bousculer les lignes, créer de la surprise. C’est une collection de « résistance » car elle n’est pas calibrée : entre les différents romans qui la composent, il y a tout un monde. Le niveau de lecture et la démarche littéraire sont différents selon les livres. Je suis très sensible aux pièces uniques. On nous dit qu’il faut des collections pour rester visibles, mais je ne veux pas me contenter de répéter un style, un thème, une approche. Et j’espère que les auteurs nous apporteront toujours des récits originaux, loin des phénomènes de mode.
L’autre manière de résister était de ne pas publier de fantasy, que je n’apprécie guère en tant que lectrice et qui envahit les tables des librairies. Je n'ai jamais cherché à séduire, mais à partager ce que j'aime avec des lecteurs en herbe ou confirmés.
Deux textes ont lancé cette collection : Le Plus grand footballeur de tous les temps de Germano Zullo et Le Dragon de glace de Mikael Engstrom. Dans le premier récit, un jeune homme joue régulièrement au football. Peu à peu il devient moins performant et délaisse le club. Le héros rencontre un immigré, très bon joueur, avec un vécu difficile. Ils se croisent autour de ce sport. Le narrateur quitte alors le milieu sportif et rencontre une jeune fille qui le conduit à la lecture. C’est un livre magnifique et très fin comme Germano Zullo est capable d’en écrire.
Avec Le Dragon de glace, nous sommes dans un univers nordique, à Stockholm. Un garçon se reconstruit au fil des pages. Il va vivre une aventure exaltante et rejoindre sa tante tandis que son père part à la dérive. J’ai aimé comment ce récit était conduit, sa densité.


AC : Ce dernier texte fait écho à Tarja de Jean-Noël Sciarini dans lequel on retrouve une adolescente qui quitte son milieu pour se reconstruire en passant par des périodes de doutes et de questionnements. Les récits que vous publiez dans « Encrage » abordent de manière frontale des sujets difficiles. D’après vous, peut-on parler de tout aux adolescents ?
FB : Oui dans la limite de la pornographie ou du prosélytisme. Tarja, par exemple, raconte l’histoire d’une jeune fille enceinte. Si elle n’avait pas gardé l’enfant, je n’aurais pas publié le livre. Cela ne veut pas dire que je suis contre l’avortement mais je ne veux pas l’ériger comme une solution. Ce serait une frontière personnelle. Dans Tarja, cette adolescente est « limite » et on voit bien qu’elle cherche l’amour, tandis que les hommes n’hésitent pas à abuser d’elle. Elle garde finalement cet enfant qui devient son « petit roi ». 
Pour en venir au deuxième point de votre question, il y a des textes que j’ai refusés, comme Rien de Janne Teller. Il me semble que ce récit allait trop loin. Certes il génère des débats, mais s’il n’est pas accompagné, il peut être dangereux, surtout auprès du public adolescent. C’est une grande prise de responsabilité. Je pense qu’en tant qu’éditeur, on doit éviter d’être dans la perversion, dans « la chienne de vie » sans aucun espoir.


AC : Vous ne publiez pas de littératures dites « de l’imaginaire » alors qu’elles sont omniprésentes chez les autres éditeurs et qu’elles rencontrent un vif succès, pourquoi ? Les Enfants de la forêt de Beatrice Masini est à la lisière du fantastique mais vous ne le présentez pas comme tel dans votre catalogue.
FB : Je me suis arrêtée à Tolkien, et je peine à aller plus loin. J’aime aussi Mervyn Peake et sa série des Titus. Ce qui me hérisse en littérature, c’est de ne plus avoir de surprise. Or c’est le cas dans beaucoup de romans de fantasy publiés actuellement. Avec Enfants de la forêt, Beatrice Masini propose un angle différent. Le lecteur découvre un univers dévasté, à la manière de celui brossé par Mc Carthy dans La Route. Les enfants sont parqués en attente d’adoption et ils tentent d’oublier le monde d’autrefois. Cependant, un garçon a conservé un livre « d’avant », un recueil de contes qui va les mener à la révolte. Le climat est grinçant. Ce roman n’est pas un simple divertissement !
Un petit éditeur peut se permettre de ne pas suivre la mode – même si elle m'intéresse parfois ! Valérie Dayre m’a envoyé un manuscrit, certes un peu conventionnel, qui rappelle Maigret, mais dont j’ai aimé la lecture, proche du « thriller ». Par ailleurs, chez un éditeur allemand, nous avons trouvé Abaton, en 3 tomes. Série palpitante, très bien écrite, à la frontière d'un monde. Ces deux ouvrages vont ouvrir une nouvelle ligne dans la collection « Encrage ». Un pas de plus se fait.
Par rapport à nos couvertures, j’ai tout entendu et je me suis mise à écouter. Hervé Tullet est connu par ceux qui s’intéressent aux tout-petits mais pas du public adolescent. Cet argument m'a convaincue et nous avons décidé de changer d'artiste avec la publication de Freak City. Séverin Millet a travaillé sur l’illustration des nouvelles couvertures. Nous verrons comment les lecteurs vont réagir. Peut-être que je me trompe, mais nous sommes une maison expérimentale, qui peut se permettre des changements de direction.


AC : Délit de fuite, de Christophe Léon, a rencontré un succès notable…
FB : Dans ce roman, le lecteur s’identifie fortement avec le héros. Un père et son fils partent à la campagne et percutent une femme alors qu’ils sont en voiture. Le père ne s’arrête pas puis brûle la voiture et l’adolescent doit taire ce geste. Le jeune homme va s’interroger sur cette femme, morte peut-être, et prendre contact avec son fils. L’amitié des deux jeunes gens va amener le père à reconnaître sa faute. Une adaptation en téléfilm avec Cantonna est prévue.


AC : Comment choisissez-vous un ouvrage ?
FB : Chaque livre est différent, les facteurs de décision sont donc variés. Souvent la rencontre avec un auteur ou la confiance en un traducteur sont déterminantes. Le plaisir de la lecture est le premier critère, puis viennent les thèmes et les éventuels messages.


AC : Pourriez-vous envisager de publier de la littérature générale ?
FB : L'horizon de l'édition de littérature générale est très encombré. Il faudrait repartir à zéro, changer le nom de la maison. Dans une autre vie, peut-être ! J'aime les livres frontières, ceux dont on ne sait pas exactement à qui ils s'adressent. Dans cette veine, nous allons créer la collection (encore une !) : « Hors norme », qui rassemblera des albums singuliers, des livres d'artistes qui nous plaisent d'emblée, mais que nous avons écartés jusqu'ici car nous ne les voyions pas pour la jeunesse. Voilà, un pas de plus dans notre recherche, dans notre curiosité.


AC : Votre catalogue comprend de nombreux auteurs étrangers. Comment avez-vous constitué ce réseau « international » ?
FB : Dans l’équipe, nous lisons l'allemand, l'espagnol, l'italien et l'anglais. Au début, j'ai bénéficié des conseils d'une amie bibliothécaire. Puis les choses se sont enchaînées simplement ; nous avons reçu spontanément de bons textes. Des auteurs et des éditeurs étrangers nous ont fait confiance. Des traducteurs nous ont repérés. J’aime beaucoup le travail qu’implique la traduction. C'est peut-être lié à mon origine helvétique et à la grande richesse d'avoir quatre langues dans un pays.


AC : Pourriez-vous nous dire à combien d’exemplaires vous tirez vos albums et vos romans ?
FB : Les albums entre 3000 et 5000 exemplaires pour les premiers tirages. Pour la fiction, entre 2000 et 4000. Par exemple, Le Temps des mots à voix basse d’Anne-Lise Grobéty s’est vendu à environ 40 000 exemplaires. Il a été réédité dans la collection « Encrage ». L’auteure est décédée il y a deux ans. Et j’ai ajouté à ce livre son texte Du mal à une mouche qui évoque la mort, justement, mais avec beaucoup d'humour.


AC : Comment expliquez-vous ce succès ?
FB : Il s’agit d’un texte universel, profondément littéraire, pudique, qui traite du génocide et de la seconde Guerre Mondiale. C’est aussi une histoire vraie. Le prix Sorcière a beaucoup favorisé les ventes.


AC : Intervenez-vous beaucoup sur les textes ?
FB : Cela dépend des écrivains. Je suis frappée de voir ce que les éditeurs laissent passer, surtout dans les traductions, notamment en littérature générale. Nous intervenons moins sur les textes francophones. Dans ce cas, ce sont plus de simples propositions, des suggestions. Nous travaillons beaucoup plus les traductions et nous aimons ce travail. Qu’est-ce qui fait qu'une langue sonne de cette manière ? Quelle question passionnante !


AC : Je souhaiterais aborder brièvement la collection « Rétroviseur » qui ne s’adresse pas particulièrement aux adolescents et qui semble un peu à part dans votre catalogue.
FB : Cette collection assez expérimentale est née à la fin d’un salon. Nous avions envie de textes décalés dans notre catalogue. Il s'agissait de solliciter des écrivains qui voudraient bien raconter une enfance, en 22 chapitres, et qu’au terme du récit (tous les genres sont acceptés), le héros prenne ou pas de la distance avec sa famille. La Vallée de la jeunesse d’Eugène est l’un des titres phares de la collection. C’est également un spectacle magnifiquement joué par l’auteur lui-même. Cette collection vit au gré des rencontres avec les écrivains.


AC : La collection « Récits » s’adresse aux lecteurs dès 8 ans. En revanche vous ne mentionnez pas toujours les tranches d’âges en 4ème de couverture.
FB : Oui, nous préférons la mention « chaque lecteur est unique. Si vous avez un doute, demandez à votre libraire ». Nous refusons de donner des catégories. En effet, s’il faut choisir un livre, pour ma part je lis au moins 4 pages chez le libraire en me disant « pourquoi pas ? ». La mention de l’âge « pénalise » ou trompe les lecteurs auxquels nous pourrions nous adresser. Les représentants pestent parfois, mais je ne céderai pas. Il faut se souvenir que les lecteurs ne forment pas une masse homogène.


AC : Comment la collection va-t-elle évoluer ?
FB : Nous allons rééditer les titres qui marchent bien et ceux que nous estimons incontournables. Pour les plus jeunes, les 7-10 ans, Albertine illustrera les premières couvertures. Pour les 10-13 ans,  nous avons choisi la photographie. Enfin, nous la renommons « Hibouk », clin d’œil à la question numérique et au logo de la maison, un hibou (animal nyctalope, donc lecteur infatigable).


AC : Dans cette collection, il y a la série singulière d’Erlend Loe autour du personnage de Kurt. Quels retours avez-vous sur cette série à l’humour décalé ?
FB : On a très bien vendu cette série car Erlend Loe a fait grandir le personnage. Le lecteur découvre une famille atypique en Norvège. Le père, complètement loufoque, est conducteur de transpalettes ; la mère, femme raisonnable, est architecte. Ils ont trois enfants. Dans le premier ouvrage ils partent voyager à bord du transpalette. Dans un autre titre, Kurt veut devenir Président de la République. L’auteur a également abordé des sujets de société comme les sectes. Une série vraiment atypique.


AC : Vous laissez de la place au lecteur pour combler les « trous », accepter des univers complexes. C’est rare en littérature jeunesse qui se veut souvent didactique, pédagogique…
FB : La littérature ne doit pas se laisser cadrer ! Elle propose des mises en situation, des expériences, qui intéressent le lecteur. La lecture est une aventure intime qui peut surprendre ou dérouter. Je n'ai pas de message a priori à faire passer.


AC : Quels sont les succès de votre catalogue ?
FB : Nos grands succès se trouvent parmi nos albums. Ceux d'Albertine par exemple, ou ceux d'autres artistes, les livres promenades, etc. En littérature, nous avons déjà mentionné Le Temps des mots à voix basse. Délit de fuite est un beau succès également.


AC : En prenant « des risques » esthétiques et éditoriaux, vous parvenez à vous distinguer dans un marché de surproduction et vous avez des retours positifs des éditeurs à l’étranger ?
FB : En effet, l'éditeur américain Chronicle Books par exemple, nous remercie pour l’audace qu’il n’ose pas avoir chez lui. Nous avons publié 480 titres, certains traduits dans le monde entier, des USA à l’Iran, en passant par la Chine, l'Allemagne et le Japon.


AC : Avez-vous des projets tournés vers le numérique ?
FB : Comme tout le monde, nous numérisons nos textes et nous nous intéressons à la question, sans pour autant avoir trouvé de modèle économique… Actuellement nous travaillons sur un projet numérique musical qui aura également une version papier. Nous prendrons le temps qu’il faut, mais je ne dirai rien de plus !