26 sept. 2014

Rencontre avec Cornelia Funke



Rencontre avec Cornelia Funke

 Propos recueillis et mis en forme par Marieke Mille

Traduit de l’allemand par Marie-Claude Auger


 


Née en 1958, Cornelia Funke est aujourd’hui l’auteur pour la jeunesse le plus célèbre d’Allemagne. Son œuvre pléthorique à même largement dépassé les frontières de son pays d’origine. Traduite en 35 langues elle a reçu de prestigieux prix partout dans le monde, notamment aux États-Unis ou l’auteur s’est désormais installé. Marieke Mille, rédactrice en chef de la revue Lecture Jeune, l’a rencontrée à l’occasion de la parution du deuxième tome de Reckless[1], sa série en cours.


 
 
Marieke Mille : Comment avez-vous eu l’idée de ce livre ?
Cornelia Funke : Je travaillais sur un projet autour de Casse-Noisette avec un ami, quand j’ai eu l’idée de créer un univers inspiré des contes qui s’adresserait aux adultes. Au départ je pensais consacrer peu de temps à sa réalisation. Il me semblait que cet ouvrage pouvait être écrit entre deux projets, mais je n’avais aperçu que la pointe de l’iceberg ! En m’attelant à la tâche, je me suis rendue compte que j’avais découvert un nouvel univers. Je souhaitais que la réalité de cette nouvelle histoire soit transposée dans la période qui se situe autour de 1860. Certains faits ont été modifiés, mais ces changements s’expliquent par des raisons historiques. Au final, cette série sera bien plus longue que je ne l’avais cru au départ puisqu’elle comptera 6 tomes. Chacun d’eux aborde les contes d’une zone géographique : le premier volume se déroule en Allemagne, le deuxième en France et en Grande-Bretagne, et au fur et à mesure du voyage accompli par mon héros le lecteur découvrira la Russie et les Balkans, les États-Unis, l’Asie et l’Afrique. Ce faisant, c’est aussi une exploration du monde des contes de chaque pays et des différents continents.

MM : Cet axe historique doublé de l’arrière plan culturel des différentes zones géographiques doit demander beaucoup de recherches, comment procédez-vous ?
CF : Oui, mais j’adore ça ! Je me plonge dans toute la documentation que je trouve avec bonheur. Je lis beaucoup de livres concernant l’histoire des pays où se déroule mon intrigue ; pour le troisième volume qui a lieu en Russie, j’ai demandé à mon éditeur russe de me conseiller des titres. J’utilise également toujours une carte. Dans le deuxième tome qui se passe en France, je fais référence à des lieux géographiques existants dont j’ai légèrement modifié les noms comme l’abbaye de Fontevraud, par exemple. Ce travail intervient pendant l’écriture car, en avançant dans l’histoire, je la laisse prendre le dessus et ouvrir de nouvelles portes. Il se peut ainsi qu’elle refuse de suivre le cours du voyage que j’ai choisi. Actuellement, je connais mon monde jusqu’à la frontière de la Sibérie. Quand j’écris, j’accroche dans mon bureau des photos, des cartes, des références… Le décor n’est pas pour autant planter, mais il est présent autour de moi comme point de départ. J’essaie d’ajouter mes propres inventions à celles des contes tout en conservant la saveur de ces textes. Pour retrouver celle de la Russie, je me suis replongée dans l’univers littéraire du pays en lisant Pouchkine, par exemple, alors que quand j’écrivais sur la France je lisais les lettres de Flaubert.

MM : Dans Cœur d’encre[1], le lecteur suivait une galerie de personnage alors que dans Reckless, Jacob se détache davantage comme une figure héroïque. Pourquoi ce choix ?  
CF : Jacob n’est pas tout à fait seul puisqu’il est épaulé de Fox, la fille renarde, qui l’accompagne dans son périple. Je n’arrive pas à décrire quelqu’un de complètement isolé, d’où sa présence. Jacob fait mine de ne pas en avoir conscience, mais, en fait, elle l’accompagne toujours. De tous ceux que j’ai créés, il s’agit de mon personnage le plus déchiré, celui qui porte le plus de colère en lui. Cependant, Doigt de Poussière dans Cœur d’encre était, lui, vraiment seul et nourrissait des peurs. Je souhaitais cette fois concevoir un véritable héros téméraire, directement inspiré par mon fils. Je voulais créer un personnage solitaire, mais dans ce deuxième tome les deux protagonistes sont presque toujours ensemble dans leur voyage ; même séparés, ils poursuivent le même but. Dans le tome 3, le personnage de Will le frère de Jacob ainsi que la fée sombre seront davantage développés et le père apparaîtra enfin.

MM : Pourquoi avoir fait le choix d’un héros adulte ?
CF : Je me suis volontiers identifiée à des adultes quand j’étais enfant. Si un personnage est dans un vaisseau spatial, on ne dit pas qu’il faut absolument que ce soit un enfant. Doigts de poussière  dans Cœur d’encre, est bien souvent le personnage préféré des jeunes du fait de son ambivalence. Un enfant n’a pas forcément envie de se mettre dans la peau d’un jeune mais plutôt d’un adulte.

MM : Dans Cœur d’encre, lorsque Mo lit un texte à voix haute il a le pouvoir de faire sortir les personnages du livre et de leur donner vie dans le monde réel tandis que dans Reckless, vous faites appel à l’univers des contes. Il me semble qu’il y a dans votre travail un rapport particulier à l’oralité…
CF : J’ai appris comment raconter des histoires en écrivant mais, au fond de moi, je suis une conteuse. Je reviens d’un grand festival de littérature à Dehli où j’ai fréquenté beaucoup de conteurs. J’ai été saisie en les rencontrant, par ce sentiment, que tout le monde connaît, de familiarité, parce qu’ils sont très similaires à moi. Les conteurs racontent et trouvent les mots pour leur public. Ils sont loin des égos parfois démesurés de certains auteurs de littérature. 

MM : Pourquoi avoir choisi le genre fantastique ?
CF : Je pense que notre réalité est bien plus fantastique que le monde imaginaire. Si on réfléchit par exemple au fait que nous sommes en ce moment sur une planète en train de tourner dans l’univers, c’est bien plus merveilleux que les histoires. Le monde fantastique me donne un moyen de devenir plus réaliste et d’aborder de grandes questions.

MM : Votre œuvre est emprunte d’une atmosphère qui rappelle le romantisme allemand et des auteurs comme Rilke ou même Goethe, ces références sont-elles volontaires ?
CF : J’étais moi-même surprise que cela ressorte de cette manière. Reckless est composé comme un voyage, dans mon propre passé, mais aussi dans d’autres pays. Je vis en Californie, mais, dans cette œuvre, quelque chose est remonté du plus profond de ma culture germanique. Jacob est américain avec des ancêtres allemands et, quand il traverse le miroir, il découvre l’Europe perdue. En fait, je retrouve à travers les contes un passé que nous avons pratiquement oublié. Le Rhin constitue un bon exemple : au XIXe siècle, le cours du Rhin a été modifié pour le rendre plus droit afin de faciliter les transports, il est ainsi devenu très froid et beaucoup plus rapide ce qui a décimé les populations de saumons. Le Rhin avait des centaines d’affluents et d’îles sur lesquelles vivaient des populations exerçant des métiers de la navigation qui ont disparu. Les paysages étaient complètement différents, beaucoup plus romantiques, alors qu’aujourd’hui ils témoignent de l’industrialisation. On pourrait penser que c’est anecdotique, mais c’est le cas pour la Seine aussi.  


MM : Vous êtes également illustratrice et vos textes sont ponctués par vos dessins. A quel moment créez-vous ces images ?
CF : Je les conçois après avoir écrit à partir des documents rassemblés pour l’écriture qui stimulent mon inspiration, mais même mes illustrations ne peuvent pas complètement capter ce que j’ai dans la tête. Pour cette raison, et aussi car j’en avais assez de voir mon monde si mal représenté dans les films, j’en suis venue à concevoir l’application « MirrorWorld[2] » pour laquelle j’ai travaillé avec différents artistes. Chacun a livré sa propre interprétation de l’univers ce qui l’a densifié dans des directions variées, mais ma voix reste présente et lie le tout comme arrière fond sonore. Pour la première fois, j’ai eu la chance de collaborer avec des personnes qui comprenaient ce que je voulais voir. Aujourd’hui, quand quelqu’un me demande à quoi ressemble mon monde, je peux lui dire de regarder à travers le miroir.



Bibliographie de Cornelia Funke : 


Série du monde d’encre :
Cœur d'encre, Hachette Jeunesse, 2004 (réed. Gallimard Jeunesse, 2009) 
Sang d'encre, Gallimard Jeunesse, 2009
Mort d'encre, Gallimard Jeunesse, 2010

Série Reckless : 
Le Sortilège de pierre, Gallimard Jeunesse, 2010
Le Retour de Jacob, Gallimard Jeunesse, 2014

Série Capitaine Barberousse : 
Capitaine Barberousse et sa bande d'affreux, Bayard Jeunesse, 2004
Capitaine Barberousse sur l'île au trésor, Bayard Jeunesse, 2007

Autres : 
Le Cavalier du dragon, Hachette Jeunesse, 2005
Le Prince des voleurs, Hachette Jeunesse, 2003
Le Mystérieux Chevalier sans nom, Bayard Jeunesse, 2005
Le Petit Frère le plus fort du monde !, Bayard Jeunesse, 2006 



[1] Cœur d’encre, Gallimard Jeunesse, 2009.
 


[1] Reckless T.2, Le Retour de Jacob ; Gallimard Jeunesse ; 2014 ; voir Lecture Jeune n°149, notice 36.

Focus sur la Littérature Ado # 21 Table ronde avec Mireille Rivalland (L’Atalante), Audrez Petit (Orbit), Barbara Bessat- Lelarge (« Castelmore », Bragelonne), Stephane Marsan (Bragelonne) et Charlotte Volper (Mnémos), (2011).

En complément du n°150 de la revue Lecture Jeune qui revient sur la Littérature Adolescente, nous prolongeons la réflexion sur Internet. Cliquez ici pour retrouver le sommaire du dossier dans son intégralité.


Table ronde d’éditeurs de fantasy

Lecture Jeune n°138 - Juin 2011



Stéphanie Nicot, directrice artistique du festival Imaginales, a animé pour Lecture Jeunesse une table ronde d’éditeurs de fantasy avec Mireille Rivalland (L’Atalante), Audrey Petit (label Orbit, Livre de poche et Mango-Fleurus), Barbara Bessat-Lelarge (Castelmore), Charlotte Volper (Flammarion Jeunesse, ActuSF et Mnémos) et Stéphane Marsan (Bragelonne). Ce fut l’occasion pour chacun d’entre eux de présenter les politiques éditoriales et les spécificités des différentes structures pour lesquelles ils travaillent.

Stéphanie Nicot : Pour commencer, pouvez-vous me dire en quoi consiste concrètement le métier d’éditeur ?

Mireille Rivalland : Je m’occupe à la fois de trouver des auteurs, de les publier, d’accompagner le travail de réécriture quand il y en a besoin, mais aussi de gérer une entreprise.

Audrey Petit : Il faut également prendre en compte la traduction, et donc la négociation avec les agents que l’on doit démarcher afin de savoir quels seront les prochains titres à paraître en Angleterre ou aux États-Unis. Il nous arrive parfois d’acheter les droits d’un manuscrit avant même qu’il ne soit édité dans les pays anglo-saxons.

Barbara Bessat-Lelarge : Comme nous publions surtout des traductions chez Castelmore, en ce moment, je lis beaucoup de blogs de lecteurs pour repérer des textes que les agents ne nous ont pas forcément envoyés.

Charlotte Volper : Mon travail diffère selon les structures. Pour ActuSF, qui relève de la micro-édition, je fais même de la manutention : j’ai les stocks chez moi et je vais livrer notre distributeur. Pour Mnémos, petite maison d’édition indépendante qui publie beaucoup de premiers romans, je recherche de nouveaux auteurs. Enfin, pour Flammarion, un gros groupe, je soumets à ma directrice éditoriale des projets d’auteurs qui ont déjà publié.

Stéphane Marsan : J’ai quant à moi, à l’égal de Mireille, un travail de supervision d’une bonne partie des forces vives de Bragelonne. Je m’occupe aussi des droits étrangers. Le travail de gestion est essentiel dans les structures indépendantes et recouvre la définition des stratégies générales : que veut-on publier ?, Comment va-t-on se développer ? Il existe au sein de Bragelonne une cellule « Recherche et développement » chargée de réfléchir à la question du numérique et du multimédia.

S. N. : Quel type d’imaginaire publie Bragelonne ? Quelles tendances recherchez-vous ?

S. M. : En créant Bragelonne, nous avons voulu bâtir une offre beaucoup plus large que ce qu’on pouvait trouver en France au début des années 2000. Nous répondions à une vocation patrimoniale en choisissant de mettre à l’honneur des titres qui nous paraissaient majeurs dans l’histoire des genres et de la fantasy en particulier. Enfin, répercuter des tendances, refléter ce qui se passe dans le reste du monde autour des littératures de l’imaginaire fait aussi partie des missions que nous nous sommes donnés.

S. N. : Mireille Rivalland, quelles cibles visez-vous à L’Atalante ? Il me semble que votre collection d’imaginaire ne comporte pas de séparation stricte entre SF et fantasy ?

M. R. : Non, nous nous sommes déjà fait violence en 1993 en scindant La Bibliothèque de l’évasion créée en 1998, en « Insomniaque et ferroviaire » pour le polar et « Dentelle du Cygne » pour la SF et la fantasy. Cela nous a été imposé par les libraires qui avaient besoin d’identifier ces deux genres pour leur lectorat, et donc leur ventilation en magasin… Mais nous n’avons pas de réflexe « catégorie », et notre ligne de conduite est de nous attacher avant tout à un texte, à un auteur, puis à l’accompagnement de son œuvre.

S. N. : Charlotte Volper, vous travaillez pour une petite structure qui publie les textes de jeunes auteurs français. Pouvez-vous nous parler de la ligne éditoriale de Mnémos ?

Charlotte Volper : Mnémos est effectivement une petite structure qui travaille aujourd’hui avec trois éditeurs indépendants. Elle s’est toujours intéressée aux auteurs francophones. On peut considérer qu’il existe une école française de fantasy, avec des écrivains comme Pierre Grimbert, qui a fondé sa maison d’édition, Octobre[1], ou Michel Robert[2]. Mnémos publie beaucoup de premiers romans. Chien du Heaume[3], de Justine Niogret, a été remarqué lors de sa parution en 2009. Je peux citer Charlotte Bousquet, qui avait déjà publié une première fois chez Nestiveqnen[4] et qui est l’auteur « coup de cœur » des Imaginales 2011[5]. Nous allons chercher de jeunes talents, des écrivains de fantasy qui n’auraient peut-être pas leur chance dans les autres maisons d’édition. Nous sommes connus pour cela ; les lecteurs savent que c’est principalement chez Mnémos qu’ils pourront trouver les grands auteurs de demain.

S. N. : Barbara Bessat-Lelarge, vous êtes en charge d’une collection pour adolescents lancée chez Bragelonne. Vous étiez libraire, vous avez donc une connaissance de terrain de ce que cherchent les lecteurs. Qu’est-ce qui va faire la différence entre ce que vous allez publier chez Castelmore et ce que Stéphane Marsan éditera chez Bragelonne ? 

B. B.-L. : Ce sera principalement l’âge des héros. Le côté imaginaire perdure, mais je souhaite mettre à la portée des adolescents des personnages qui leur ressemblent, auxquels ils puissent s’identifier. La littérature pour les jeunes adultes va s’approprier des codes et les réarranger, créer des surprises. Les textes transcendent souvent les catégories. Les livres publiés chez Bragelonne utilisent des codes et des types de personnages différents, ils relèvent de la fantasy pure. En jeunesse, on s’amuse, on détourne ces codes.

S. N. : Audrey Petit, Orbit est un label pour jeunes adultes. Quand on lance un nouveau label comme celui-ci et qu’on a déjà des confrères reconnus, quelle place prend-on ? Comment avez-vous construit cette collection, quels sont vos choix ?

A. P. : Orbit est une expérience inédite dans l’édition française, puisque c’est un label anglo-saxon qui existe depuis bientôt 40 ans en Angleterre. Il s’agissait de décliner cette marque en France. Le but n’était pas d’en proposer un duplicata, mais plutôt d’essayer de comprendre comment Orbit pouvait trouver sa voie ici. Nous ne sommes pas tenus de publier tous les auteurs qu’Orbit publie à l’étranger – ils le sont parfois par d’autres maisons d’édition françaises comme Bragelonne ou L’Atalante. Je souhaite avant tout faire découvrir de nouveaux auteurs, et ce même s’ils n’ont pas été publiés par Orbit dans les pays anglo-saxons. C’est notamment le cas de Brandon Sanderson[6], un auteur que le label français soutient.

S. N. : Je voulais aussi vous interroger sur la notion de Young Adult. À quoi correspond la séparation entre la littérature jeunesse et adulte ? Ces créneaux paraissent souvent imprécis.

A. P. : Barbara a donné tout à l’heure des critères qui permettent de décider du positionnement des textes, mais ce n’est pas toujours évident. Je crois qu’il faut être opportuniste et tenter de publier des livres qui auraient manqué une partie de leur public ailleurs et sous une autre forme. Il ne s’agit en aucun cas de tronquer le texte, mais d’en modifier la présentation.

M. R. : L’Atalante n’a pas de collection Young Adult. Lorsque la collection principale, « la Dentelle du Cygne », a démarré, on ne se posait pas encore la question du Young Adult. Les publications s’adressent donc à un large public, dès l’âge de 15-16 ans. Par contre, nous avons une collection jeunesse, « Le Maedre »[7], que dirige Stéphane Manfrédo.

S. N. : Je me suis posé la question du positionnement à propos d’un auteur comme Pierre Pevel que j’étais incapable de situer. Il me semble à sa place chez Bragelonne, mais il aurait pu être publié dans la collection « Wiz », chez Albin Michel Jeunesse.

S. M. : La trilogie de Pierre Pevel, Les Lames du cardinal, est emblématique du fait que la fantasy a toujours été un genre qui pouvait être lu de 11 à 111 ans, pour le dire assez vite. Les grands classiques de la fantasy, les romans des auteurs comme Raymond Feist et Terry Brooks, publiés a priori pour les adultes dans les années 1970-1980, seraient directement placés en jeunesse si nous les recevions aujourd’hui, et ce serait une bonne chose. Certains éditeurs étrangers ont d’ailleurs décliné les mêmes ouvrages en jeunesse et en adulte. Audrey l’a dit tout à l’heure, la croissance et le profit du secteur jeunesse sont incomparables avec ceux du secteur adulte. On voit en même temps que 80 % de l’offre en jeunesse est considérée comme de la fantasy. C’est intéressant : cette journée d’étude est consacrée à la lecture des adolescents et des jeunes adultes, et il n’y a ici que des éditeurs pour adultes, à part Barbara. Si l’on trouve de tout en littérature de jeunesse, un mélange de fantasy, de SF, de vaisseaux spatiaux, de magie, de vampires, c’est aussi parce que les jeunes lecteurs n’ont pas encore décidé quel genre d’imaginaire ils voulaient lire.

S. N. : Je souhaiterais revenir sur la question des écrivains de fantasy. Les auteurs ne partent pas de rien, ils se nourrissent de leurs lectures. Mnémos publie souvent de jeunes plumes : quel type de livres ces derniers proposent-ils ?

C. V. : Il me semble que chacun de ces auteurs a une voix singulière. Sam Nell, grand lecteur de fantasy anglo-saxonne, a par exemple réussi à donner du souffle épique à son premier récit, Chevaucheur d’ouragan, alors que les romans français de fantasy sont souvent introspectifs. Dans Arachnae, Charlotte Bousquet creuse ses personnages ; elle propose avant tout une aventure intérieure, même si son roman est aussi un thriller sur fond de Renaissance italienne. Justine Niogret, qui a énormément lu, a écrit quant à elle un livre de fantasy médiévale très court et poignant, Chien du Heaume. Elle réinvente les codes et le fantastique se fait « léger ».

S. N : Chien du Heaume a obtenu la même année le Grand Prix de l’Imaginaire et le Prix Imaginales du meilleur roman français de fantasy. C’est plutôt encourageant pour un premier roman !

C. V. : Mnémos cherche à publier des voix singulières. La maison a fait découvrir une génération d’auteurs français comme Fabrice Colin, Mathieu Gaborit et Xavier Mauméjean. Une seconde génération arrive, avec de jeunes auteurs qui se sont nourris d’autres littératures, comme Charlotte Bousquet, qui a fait des études de philosophie.

S. N. : Audrey, parvenez-vous, avec Orbit, à publier vous aussi des auteurs qui relisent les thématiques traditionnelles de façon originale ?

A. P. : Je vais reprendre l’exemple de Brandon Sanderson. Celui-ci m’a dit, au sujet de son rapport à la fantasy et à ses pairs : « je ne suis pas le fils de Tolkien, mais son petit-fils ». Effectivement, dans l’Empire ultime, il n’y a pas de quête initiatique, c’est un cambriolage de haut vol, une intrigue de cour. On s’éloigne donc vraiment de la fantasy telle que Tolkien l’a écrite.

S. N. : Un dernier mot pour conclure, sur les littératures de l’imaginaire qui remportent un franc succès, et la prescription scolaire peut-être ?

S. M. : L’envie de lire est primordiale. Le cas de Pierre Pevel est d’ailleurs intéressant. Certains professeurs ont fait travailler leurs élèves sur une comparaison entre les Trois Mousquetaires et les Larmes du cardinal pour voir comment Pevel s’était inspiré de Dumas, comment cette œuvre du patrimoine littéraire avait influencé son écriture.

M. R. : Le plaisir de lire et la lecture dans le cadre scolaire sont deux choses différentes. Pour traiter son programme, l’enseignant dispose d’un certain nombre d’outils pour aborder les différents objets d’étude : il n’est pas nécessaire d’aller systématiquement chez Victor Hugo, les textes de Pierre Pevel peuvent aussi correspondre à certaines thématiques. La question de la lecture relève d’une autre démarche. À mon sens, l’école et la fantasy ne devraient pas entretenir de rapports conflictuels car elles ne relèvent pas des mêmes intérêts.



Biographies

Stéphanie Nicot
a été rédactrice en chef de la revue Galaxies de 1996 à 2007. Elle est actuellement directrice artistique du festival Imaginales d’Epinal (www.imaginales.fr). Elle est auteur d’essais et d’anthologies consacrés à la fantasy : Magiciennes et sorciers, Mnémos, 2010 ; Victimes et bourreaux, Mnémos, 2011.

Mireille Rivalland
a rejoint les éditions L’Atalante en 1989, auprès de Pierre Michaut, fondateur de la librairie du même nom en 1978. Les deux activités perdurent, à Nantes, et se consacrent aux littératures de genre et de l’imaginaire. L’Atalante est, bien sûr, connue du grand public pour être l’éditeur de Terry Pratchett et de Pierre Bordage, mais elle a actuellement le catalogue le plus riche d’auteurs emblématiques de la science-fiction française depuis les années 1990. Elle est aussi le fer de lance de la SF et de la fantasy européenne (allemande, russe, espagnole…). L’Atalante est une maison indépendante et compte 400 titres à son catalogue.

Audrey Petit
a travaillé pendant 7 ans aux éditions Mnémos. Elle est actuellement directrice de collection dans trois structures éditoriales différentes. Pour le groupe Hachette, elle dirige à la fois une collection de fantasy au Livre de Poche et le label Orbit, spécialisé dans l’imaginaire. Présent en Angleterre de puis 1974, ce label remporte un franc succès lors de son lancement aux États-Unis en 2007. Implanté l’année suivante en Australie, Orbit est lancé en France en 2009 avec 7 titres. Enfin, Audrey Petit travaille également chez Mango-Fleurus où elle s’occupe des romans de SF.

Barbara Bessat-Lelarge
est devenue libraire après une maîtrise d’anglais. En 2007, elle rencontre les éditeurs de Bragelonne au Salon du Livre et leur propose de créer un label de littérature de l’imaginaire pour adolescents et jeunes adultes. C’est ainsi que « Castelmore » est lancé en octobre 2010. Il comprend déjà treize titres à son catalogue.

Stéphane Marsan
est directeur de publication aux éditions Bragelonne qui détiennent également les labels Milady (livres de poche) et Milady graphics (comics et livres illustrés). Elles ont accueilli la structure Castelmore en 2010. Après des études de philosophie et une incursion dans l’univers du jeu de rôle, il a créé les éditions Mnémos avec Frédéric Weil en 1996 et les a dirigées jusqu’en 2000, date à laquelle il a fondé Bragelonne avec Alain Névant. Bragelonne est le premier éditeur de littérature de l’imaginaire en langue française.

Charlotte Volper
travaille dans trois structures différentes. Elle a co-fondé les éditions ActuSF en 2003 avec Éric Holstein et Jérôme Vincent. Elle est également responsable rapporteuse d’affaires pour Flammarion jeunesse et d’ouvrages aux éditions Mnémos.




[1] Pierre Grimbert est un écrivain français de fantasy. Son premier cycle romanesque, Le Secret de Ji, paraît en 1997. En 2004, Pierre Grimbert fonde les éditions Octobre avec son épouse, Audrey Françaix, elle-même écrivain. La maison d’édition publie des textes de fantasy francophones pour adultes.
[2] Michel Robert est un écrivain français de fantasy, connu pour avoir continué La Malerune, un cycle de Pierre Grimbert. Il a publié plusieurs romans aux éditions Mnémos. 
[3] Justine Niogret, Chien du Heaume, Mnémos, 2009.
[4] Le Cœur d’Amarantha, une trilogie dont le premier tome, Les Arcanes de la trahison, a reçu le Prix Merlin en 2005.
[6] Elantris, t. 1 Chute, t. 2 Rédemption, Orbit, 2009 ; Fils des Brumes, t. 1 L’Empire ultime, t. 2 Le Puits de l’ascension, t. 3 Le Héros des siècles, Orbit, 2010 et 2011.
[7] Cette collection a été lancée par L’Atalante en 2008. 

10 sept. 2014

Nous recherchons 2 stagiaires

Nous recherchons 2 stagiaires pour 2 missions différentes

STAGE 1
Convention de stage obligatoire
Durée : 2 mois

Début de stage : Dès que possible

Missions :
Mise à jour du thésaurus des critiques de la revue Lecture Jeune et création de nouvelles catégories à partir des mots clés existants
Création d’un thésaurus et indexation des articles des dossiers de la revue
Propositions pour une arborescence à partir des catégories de mots clés   

Profil : documentaliste ayant un intérêt pour la littérature jeunesse et/ou les sciences humaines ; bibliothécaire.

Lieu d'activité (ville et département) : Paris 10e
Durée hebdomadaire de travail : 35h


STAGE 2
Convention de stage obligatoire
Durée : 3 à 6 mois

Début de stage : à partir du mois d’octobre

Missions :
Suivi de l’actualité éditoriale jeunesse, commande d’ouvrages en service de presse, traitement des ouvrages (enregistrement, rangement…)
Collaboration à la revue Lecture Jeune (relecture, mise en forme, recherche iconographique, recherche d’informations, gestion des index …)
Collaboration au lancement du site internet
Indexation d’ouvrages et d’articles dans une base de données
Participation au comité de lecture

Profil :
Connaissance de la littérature de jeunesse
Autonomie, rigueur, capacités d’organisation, qualités relationnelles
Compétences rédactionnelles indispensables

Lieu d'activité (ville et département) : Paris 10e
Durée hebdomadaire de travail : 4 jours par semaine
Stage rémunéré au prorata horaire sur la base de 436,05 €

CONTACT
Merci d’envoyer lettre + CV (en précisant pour quel stage vous postulez) par mail uniquement à :
Stage 1 : sonia.deleusse@lecturejeunesse.com
Stage 2 : marieke.mille@lecturejeunesse.com

Informations complémentaires sur la structure 
Domaine d'activité : Culture
Structure : Association loi de 1901

Activités de l’association LECTURE JEUNESSE
Activités de l’association LECTURE JEUNESSE
Carrefour d’informations et d’échanges, Lecture Jeunesse agit depuis 1974 en faveur de la lecture des adolescents et jeunes adultes, pour les aider à construire leur personnalité, favoriser l'accès au livre pour tous et prévenir l'illettrisme. L'association poursuit des recherches sur les pratiques culturelles des jeunes, les collections de livres ou les politiques qui leur sont destinées. Elle les diffuse via des publications et formations pour toute personne en lien avec des adolescents. Ses pôles d’activité :
1. Centre de ressources et de recherche: publication de 'Lecture Jeune', revue trimestrielle d’articles de réflexion et de critiques d’ouvrages; veille documentaire et articles publiés sur blog et site internet; organisation de colloques, rencontres d'auteurs, éditeurs.
2. Formation professionnelle à Paris et en région.
3. Travail de terrain : comités de lecture adolescents; missions de conseil (prix littéraire, gestion de conflit, projet pour adolescents).